close× Call Us Iraclis Spyrou : +32 476 51 16 01Pierre Ghysens : +32 475 46 91 96

Les derniers millésimes Rhodaniens

Les journalistes se cassent la tête : 15, 16, 17, 18 ou 19 ?

Les derniers millésimes ont parfois quelque peu décontenancé (à juste titre, il faut le dire) les amateurs de vins, qu'ils soient particuliers ou professionnels. Il y avait de quoi. Cette succession totalement inhabituelle d'années chaudes, avec son lot de problèmes (chaleurs extrêmes, sécheresses, maladies, manque d’eau) et d'interrogations, ont amené les vignerons à se poser pas mal de questions sur l'avenir du vignoble et pour beaucoup, la remise en question de nombreuses pratiques culturales et de travail en cave. Devant de telles situations, et même si l'expérience et la réflexion peuvent aider, les certitudes ne sont plus de mise.

Quant aux dégustateurs, professionnels ou non, la remise en question est inévitable. Lorsque je vois les opinions, tellement différentes et souvent péremptoires, s'affronter au niveau de la perception de ces millésimes, on rencontre tout et son contraire. Il suffit pour cela de se pencher sur les divers tableaux de millésimes que l’on trouve dans la plupart des revues « spécialisées ». Je préfère donc vous donner quelques lignes directrices qui sont des tendances générales. Tous les goûts étant dans la nature, chacun affinera ses propres opinions à la dégustation. Une brève description de ces divers millésimes, ainsi que leur garde potentielle et leur fenêtre d’ouverture vous importera bien plus sachant que nous avons affaire à des millésimes qualitatifs. Votre goût sera votre meilleur guide.

2015 : un millésime tannique qui sera plus ou moins abordable selon les terroirs, les rendements réalisés et la durée des fermentations et des macérations. C’est un millésime qui aura besoin d’un peu de temps et dont la fenêtre d’ouverture sera moins large que les millésimes qui le suivent. Les vins contenant des cépages plus gras et généralement moins sujets à se fermer (grenache, cinsault, jeunes syrahs) se dégusteront avec plaisir à partir de 2020-2022. Les plus costauds mettront quelques années de plus à se fondre et tiendront sans problème encore une à deux décennies voire plus pour les meilleurs terroirs.

Conclusion : attendre les grandes appellations et les vins les plus structurés, commencez à boire les autres (carafage conseillé).

 

2016 : L’année a été chaude bien sûr, mais la nature l’a abondamment pourvue en quantité comme en qualité. Si l’on considère les qualités structurelles et organoleptiques de ce millésime, c’est pour moi le plus complet au niveau de la qualité et de la finesse des tannins ainsi que de la complexité aromatique. Son équilibre remarquable lui permettra de vieillir en harmonie et les périodes de fermeture du vin seront relativement courtes. Il vieillira longtemps sur la justesse de son équilibre et pourra se déguster dès maintenant pour pas mal de flacons et pendant une période que j’estime entre 10 et 20 ans selon les bouteilles et leur conservation.

Conclusion : quelques périodes de fermeture sur la syrah actuellement mais pas sur tous les vins. Hormis quelques exceptions les vins pourront se déguster quasi tous à partir de fin 2020.


2017 : Etonnamment cette première année vraiment caniculaire a engendré des vins pleins de fruits et d’une finesse étonnante, mais sans avoir la complexité de 2016. Les quelques périodes de (maigre) pluie ont avantagé les appellations les plus au nord, mais aussi les parcelles les plus fraîches (micro -climats, protection par la végétation environnante, et celles qui n’étaient plein sud). Les vignerons qui ont adapté leur travail (à la vigne comme en cave) à cette récolte précoce ont produit des vins plaisants, souvent faciles, mettant en valeur le plaisir par le côté très fruité des vins. Si la récolte moyenne a été très impactée quantitativement, on retrouve par contre certains vins absolument étonnants… conjonctions de grands vignerons, de compréhension du millésime et de terroirs un peu plus arrosés par les faibles pluies. La plupart des vins se boiront assez rapidement et se conserveront sur une quinzaine d’années.  Carafage impératif ici aussi pour les vins dans leur jeunesse. L’oxygène leur amènera plaisir et suavité.

Conclusion : garde moyenne pour ces vins de plaisir immédiat.

 

2018 : Toujours plus sec, toujours plus chaud… L’année aura la facilité de la précédente mais avec un équilibre différent. Plus de puissance tannique et un alcool plus présent, ce qui induit évidemment une richesse bien plus présente qui se sent dans la bouteille mais qui apporte en même temps une rondeur ma foi assez agréable. Les vins seront plus en largeur, souvent moins précis que les 2017, mais cela restera une question de gout, puisqu’il en faut pour tout le monde. Les quantités sont en général un peu plus abondantes et la richesse du millésime lui permettra à la fois un accès aisé et rapide ainsi qu’une garde moyenne à longue, sans atteindre celle de millésimes comme 2016.  Millésime en « largeur » donc. Et donc souvent un peu moins de peps et de précision dans les saveurs.

Conclusion : la période de « fermeture » de ces vins sera relativement réduite et beaucoup se boiront à la régalade. Toutefois, ne négligeons pas la garde potentielle de quelques-uns d’entre eux.

 

2019 : A ce stade, la grande inconnue… La climatologie de l’année a été bizarre avec des pics de chaleur extrême et des périodes de chaleur plus supportables. Quelques pluies printanières et estivales aux bons moments (fin juillet, mi-août, début septembre) ont permis une maturation idéale malgré la chaleur. Des épisodes caniculaires ont toutefois carrément « brûlé » ou en tout cas abimé certaines vignes, et de violents orages fin juin et début juillet ont détruit plus de la moitié des récoltes dans la région de Crozes-Hermitage. Par contre, septembre plus supportable qu’en 2017 ou 2018 et l’anticipation de beaucoup de vignerons dans le travail de la vigne ont aidé le matériel végétal à mieux supporter le climat. Alors, les raisins rentrés semblaient parfaits, les fermentations se sont bien déroulées, et nous avons été conquis par ce que nous avons dégusté en octobre 2019 et en février 2020 dans le Rhône Nord. Des équilibres magnifiques et des arômes d’une complexité rare nous ont réellement surpris. Qu’est-ce que tout cela va donner ? La réponse dans les prochains mois…

Conclusion : Il est clair que 2016 et 2019 semblent être partis pour se disputer la palme de l’équilibre et de la complexité. A revoir au fur et à mesure que les 2019 arriveront sur le marché…

 

 

Pierre Ghysens, le 10 mars 2020