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Rhône Nord, octobre 2019

...et 11 millésimes réussis....

Carnets de voyage, octobre 2019 : La syrah dans tous ses états…

Une telle régularité dans la qualité des millésimes ? Du jamais vu…

L’accouchement ne se fit pas sans douleur. Les dérèglements que nous avons connus les années précédentes se sont répétés : manque de précipitations, millerandage, chaleurs caniculaires pendant deux semaines, vignes brûlées, blocages de maturité et grêle dévastatrice. Heureusement, pas partout en même temps, mais une certaine inquiétude était dans l’air…

-Cornas et le sud de Saint-Joseph ont souffert du millerandage et du manque d’eau.

-Crozes-Hermitage a été dévasté par la grêle, en deux épisodes !

-Dans le sud du Rhône Nord (Cornas et Saint-Péray), certaines vignes ont été brûlées par la canicule.

 

Mais la vigne, cette liane indestructible qui grandit dans des sols où rien ne pousse, a résisté tant bien que mal, et même parfois très bien… et plus on avançait dans la saison, plus l’optimisme revenait chez nos amis vignerons. Les maturités progressaient lentement et les quelques faibles pluies éparses ont été très bénéfiques. Que du bonheur lorsque l’on sait que la complexité aromatique s’installe dans les millésimes les plus tardifs.

En résumé, un millésime peu quantitatif donc… mais qualitatif en général. Lorsque nous arrivons ce 30 septembre, les vendanges sont quasi terminées partout, mais avec des décalages importants entre Cornas (qui a fini depuis une dizaine de jours) et Côte-Rôtie (où l’on rentre les dernières parcelles). Nos amis vignerons sont donc dans le travail de cave.

 

Entrons dans le vif du sujet :

 

Chez Johann Michel, c’est le décuvage… trop compliqué de déguster les 2019 dans ce cas. Nous goûtons donc 2018.  Que ce soit sur Grains Noirs, Saint-Joseph, Cornas, Cornas Jana et Cornas Mère Michel, nous rencontrons de jolies matières, souvent pures et bien équilibrées. En général, ce millésime 2018 est généreux, complet, et se présente actuellement sous un jour affable et gourmand. Notre ami Antoine Dürrbach nous a rejoint pour cette dégustation du lundi, ainsi que Guillaume Gilles. Manuelle et Johann nous proposent une verticale où nous passons d’une cuvée à l’autre, et qui permet de constater que la façon de faire le vin n’est jamais figée, le vigneron réfléchissant chaque année à modifier sa façon de travailler selon les expériences des années précédentes et les avis d’amateurs éclairés et de pros 😊 qui aident à une réflexion propice à l’amélioration des vins. C’est cela aussi la « formation « continue ». Nous terminons bien entendu à L’Auberge de Crussol sur les hauteurs de Saint-Péray : une belle table avec un superbe paysage sur le vignoble environnant.

L’après-midi, chez Guillaume Gilles, nous dégustons quelques 2019 puisque les sucres se sont finis en une semaine et que la malolactique n’a pas encore entièrement démarré. Détailler chaque vin, une semaine après la vendange, est totalement vide de sens. Nous allons donc rassembler l’impression que les diverses parcelles dégustées nous ont laissées. Nous constatons, heureux, que ce millésime qui a avancé par à-coups dans les secteurs les plus chauds de Cornas (blocage puis reprise de maturation, ralentissement et mûrissement irrégulier) a fini par s’en sortir plus que correctement. Et cette année on peut vraiment dire merci aux bas de coteaux et aux secteurs moins exposés au soleil… ils ont fait la différence et ramené de la fraîcheur dans les vins. Certes on aura du « costaud » à 14°, mais la grosse matière contrebalance l’alcool et ramène un équilibre. Les décisions en cave feront la différence (durée de cuvaisons, élevages etc…). Un coup de cœur quand même pour le Cornas « Nouvelle R » (qui se nomme maintenant « Rieux » du nom de la parcelle), d’une suavité impressionnante.

Les 2018 se présentent très joliment avec en fer de lance la cuvée des « Rieux » (granits blancs à 400 m d’altitude) au nez envoutant de violette et de massepain et à la bouche délicate et tout en dentelles. Les vignes qui seront assemblées dans le Cornas proviennent de la parcelle des « Chaillots », avec la partie « Grands Murs » qui apporte la structure puissante et qui nécessite un élevage plus précis vu sa puissance, et la partie « Terrasses », sur granit pur, toujours plus élégante. Le secteur bas de la Combe de Chaillots apportera, lui, fraîcheur et fermeté.Les Peyrouses 2018, qui ont beaucoup de complexité sur une structure assez rugueuse, ne sont pas sans rappeler les Cornas « à l’ancienne ».


C’est vers 17h30 que nous arrivons chez un Pierre Clape fatigué par les vendanges et la fin de la construction de la nouvelle cave… prête pour accueillir le millésime 2019.

Un outil de travail indispensable pour gérer au mieux les vinifications et toute la partie logistique de l’entreprise. La cave de vieillissement reste à son emplacement d’origine et c’est un tuyau traversant la rue en sous-sol qui amènera les vins vers la cave originelle pour l’élevage et le vieillissement. Comme partout à Cornas la chaleur torride relevée à plusieurs moments a empêché une maturité homogène surtout sur les splendides coteaux les plus exposés au sud et qui regroupent les parcelles les plus réputées comme « Reynards », « Chaillots » et « La Côte » notamment. D’où une perte de volume plus ou moins sévère, quelque peu tempérée par les parcelles moins exposées où les rendements étaient corrects. 

Les 2019, en malo et donc chahutés, étaient très difficiles à goûter et nous avons juste survolé quelques vins pour leur structure. A revoir en février.

Nous nous concentrons donc sur les 2018, qui, à l’image de ce que nous connaissions déjà, confirment leur statut de vins plus aisés, confortables, avec un très beau fruit, plus en largeur qu’en profondeur. Des vins plus accessibles vraisemblablement, un peu à l’image des 2017 mais avec plus de richesse et de gras. Un joli millésime, qui à l’heure actuelle nous ferait penser à un subtil mélange de 2011 et de 2016 à la sauce 2017… Le classicisme du domaine reste de mise, d’où ces vins que l’on peut tester dans leur prime jeunesse, tout en sachant que leur maturité n’arrivera en moyenne qu’une douzaine d’année plus tard… et plus. 

Se rabattre sur les Côtes du Rhône et les vins de Pays est donc l’option la plus envisageable… si l’on sait qu’eux aussi passeront par une période de mutisme qui pourra durer deux à quatre années.

 

Le lendemain, Florent Viale nous attend au domaine du Colombier. L’appellation Crozes-Hermitage a été la plus sévèrement impactée en cette année. Deux violents orages de grêle se sont en effet abattus sur cette région. La première fin juin a eu un effet dévastateur, aussi bien sur la vigne (certains secteurs ont été impactés entre 80 et 100 %) que sur les fruits (les abricots ont été décimés…). Comme si cela ne suffisait pas, une deuxième grêle violente est tombée début juillet alors que les vignerons étaient toujours en train d’essayer de limiter les dégâts sur les parcelles moins impactées. Au total, ce ne sont pas moins de 60 à 70 % de pertes qui ont été relevées. Certains terroirs ont été ravagés. L’arrière de la colline de l’Hermitage a bien souffert (secteur de Mercurol) et surtout la plaine des « Chassis » au sud du village du Tain jusqu’à Pont-de-l’Isère où certains ont tout perdu…

Bref, l’année sera très difficile pour certains et peu de Crozes 2019 se retrouveront sur le marché.

 

Florent a perdu un bon 40 pour cent de son volume habituel mais ce qui reste nous parait d’excellente qualité. Et l’Hermitage a miraculeusement échappé au désastre… soulagement… 

Nous dégustons les 2018, dans la lignée du millésime, avec un « Jeunes Vignes » qui se nomme maintenant « Primavera » gouleyant, sapide et fruité qui prendra un peu de structure dans les deux ans mais qui restera un vin très agréable et facile, à boire en toute occasion. Les Crozes et les « Gaby » ont profité de la facilité du millésime et se montrent fringants, pleins de fraîcheur et d’un équilibre confondant, une belle réussite.

Fidèles à leur image, les Hermitage sont de grands flacons où la pureté, la distinction et le soyeux du grain indiquent une fois de plus la grandeur de ce terroir.

C’est sous un beau soleil, comme hier, que nous mangerons chez nos amis Keiko et Vincent au « Mangevins », l’incontournable adresse du coin.

L’après-midi est consacré à une visite amicale chez Jean et Pierre Gonon que je n’avais plus vus depuis longtemps. La gloire qui est passée chez eux entre temps ne les a pas changés : toujours d’une simplicité et d’une gentillesse désarmantes. Ils ont transformé pour beaucoup d’amateurs de vins la vision de cette appellation Saint-Joseph, longtemps restée dans l’ombre de ses prestigieux voisins, et l’ont emmenée à la place qu’elle mérite : une appellation ou la syrah transcende souvent la finesse et l’élégance de son terroir grâce à quelques vignerons qui y ont cru… Vivement demain chez Anthony Vallet.

Pour finir cette journée en beauté, nous voici chez un Bernard Faurie épuisé mais content de nous voir et de nous annoncer que, oui, cette fois ça y est, 2019 est son ultime millésime…. 

Fidèle à son habitude, Bernard a disséminé ses vins un peu partout dans sa cave trop petite, d’autant que les 2017 n’ont pas encore terminé leur fermentation malolactique. Pas de 2017 donc cette année, mais nous risquons de le recevoir en même temps que les 2018 l’an prochain. L’humilité et la simplicité de ce vigneron n’ont d’égales que la qualité de ses vins… et nous perdrons tout simplement un des meilleurs domaines que l’Hermitage aura connu.Heureux les possesseurs de ces flacons d’exception, ils se régaleront encore pendant des dizaines d’années (pour preuve un 1989, un 2002, un 2011 eu un 2013 dégustés cette année et qui font partie de ces vins qui vous laissent sans voix (ou le c… par terre, au choix….). Merci déjà Monsieur Faurie pour tout cela et la légende de vos vins ne fait que commencer. Croyez- moi sur parole.


  Mercredi matin, grand soleil toujours et Anthony Vallet nous attend pour un programme chargé : dégustation des 2018 et 2019 et élaboration de la cuvée « Quintessence de Rouasses » 2018. Pour réussir une « Quintessence » équilibrée et qui sorte du lot dans ce millésime plus ample et plus riche, une solution s’imposait : trouver une base structurelle un peu plus serrée que l’ensemble, avec une belle fraîcheur et de beaux tannins bien fermes.

Nous dégustons donc, comme d’habitude et dans un silence religieux (ne pas s’influencer est important), une quinzaine de barriques et demi-muids présélectionnés par Anthony.

Nous distinguons chacun quatre fûts (nous sommes 4 à déguster) et comparons nos résultats. Six ont été retenus au total mais deux font l’unanimité pour la base. Nous travaillons donc sur ces deux barriques pour créer l’assise du vin que nous agrémenterons ensuite d’une touche de l’un ou l’autre. 

Après deux heures d’essais divers la cuvée prend forme et nous finalisons ainsi cette « Quintessence » 2018. 

Elle sera élevée séparément et mise en bouteilles au printemps 2020.

Les autres parcelles sont aussi dégustées avec une attention particulière pour « Marquian » et « Joubert » qui pourraient faire une très belle « Cime des Côtes ». Anthony nous a préparé ensuite une première sélection des 2019, toujours en fermentation pour quelques-unes, mais où l’on pressent déjà une très belle constitution et des jus remarquables.

Chaque année qui passe nous conforte dans l’idée qu’Anthony joue maintenant dans la cour des grands. Toujours plus nets, plus précis, plus soignés, ses vins font définitivement partie du top de Saint-Joseph.

 

Il devient chaque année de plus en plus difficile de parler des vins de la famille Jamet. On est sur l’Everest du vin (les déchets en moins…). Nous arrivons au domaine en même temps que les derniers raisins récoltés. 

Nous assistons donc au ballet de ces raisins qui passent des bennes de récolte à l’égrappoir, avant d’ être envoyé dans les cuves de fermentation. 

Nous ne ferons donc qu’une « petite » dégustation » des 2018 assemblés, des 2017 et de quelques flacons plus anciens.

Et évidemment… 3 ou 4 vins de 2019 aussi, et dont on devine déjà la grandeur.

Comme Jean-Paul nous l’avait déjà dit, la Côte Rôtie a eu les meilleures conditions climatiques du Rhône Nord (comme en 2017 d’ailleurs) et cela promet des lendemains qui chantent… 

Nous en reparlerons plus tard car le temps presse et nous avons pris beaucoup de retard. Nous laissons donc la famille se reposer et nous partons… en ayant constaté qu'une fois de plus ce millésime sera dans la région le digne successeur (et peut-être plus encore) que les 15-16-17 et 18 qui l’ont précédé.

 

Comme dit en introduction : 11 millésimes réussis à la suite… du jamais vu en Rhône Nord !

 

 

@ Pierre Ghysens et Iraclis Spyrou, décembre 2019...